POLITIQUE & GOUVERNANCE

Le XXIe siècle ou le « retour du religieux » ?

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Photo by David McEachan on Pexels.com

   On prête, surement à tort, à André Malraux cette prédiction devenue prophétique « le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas ». Même si la paternité de cette formule est discutable, sa pertinence et son actualité n’en restent pas moins évidentes. Au début du XIXe siècle, l’affaire était entendue ! On pensait alors que la science allait irréversiblement discréditer les superstitions, la technique supplanter la magie, la médecine détrôner les prières, la politique ringardiser le messianisme.

Patatras ! Un siècle après le déicide de Nietzche dans son fameux aphorisme 108 tiré du Gai savoir[1] (Gott is tot, « Dieu est mort »), après la phrase de Marx (« la religion c’est l’opium du peuple »), et la formule de Freud (les religions sont des « névroses infantiles »), on assiste à une résurrection spectaculaire du vieux dilemme théologico-politique. Les manifestations violentes et les revendications de l’islamisme remettent le phénomène de la « spiritualité politique » au cœur des défis actuels. Ainsi donc, la religion est sortie de son long coma et ambitionne désormais d’occuper l’espace laissé vacant par le désenchantement de la politique. Nous voilà donc livrés aux affres d’un lent dégrisement religieux après un long excès de politique et d’humanisme athée. À quoi devons-nous ce reflux de sécularisation ? La religion se vengerait-elle ? Qu’est-il advenu de nos aveuglantes philosophies des Lumières ? Que reste-t-il de notre arrogante modernité qui croyait avoir définitivement congédié (voire tué) Dieu ?

La Modernité. Selon Nietzsche, le geste du Baron de Münchhausen, qui, embourbé dans un marais refusa toute assistance et décida de se tirer lui-même par les cheveux de sa perruque, symbolise l’allégorie de l’homme moderne. Le philosophe allemand définit la modernité comme la non-reconnaissance par l’homme des instances antérieure (tradition), extérieure (cosmos) ou supérieure (dieu) à l’humanité. Cet âge crépusculaire pour les dieux se déploie depuis la fin du Moyen-âge à 1789. La modernité désigne les couches récentes de l’Histoire, elle renvoi à ce qui est « à la mode », éphémère, et passager ; contrairement à l’Antiquité qui recouvre les carottages les plus profonds, stables et durables.

Après une entrée enthousiaste dans un nouveau millénaire prometteur, le mythe du village planétaire où les supermarchés devraient remplacer les églises, les synagogues ou les mosquées s’est cassé la figure face au retour du religieux ainsi qu’au réveil des identités. Alors que le XXIe siècle était censé être celui de l’apothéose de la modernité et de ses valeurs, il se révèle surtout celui de l’affaissement de l’universalisme au profit du culte des particularismes. Comme un effet indésirable de l’uniformisation humaine, prêchée par le monothéisme du progrès technique et de la mondialisation, on assiste médusé à ce que Régis Debray appelle le “retour du religieux”.

Un retour d’autant plus ennuyeux qu’il ébranle les fondements de notre civilisation globale. L’homo globalis vit comme dans un remake de « The edge of tomorrow», un cauchemar sans lendemain, dans lequel il retrouve les vieilles frontières (ethnies, clans, religion etc.) qu’il croyait avoir dissolues la veille. Et le monde contemporain ressemble à s’y méprendre au prémoderne, à l’archaïque. La juste reformulation de la phrase de Malraux serait alors « le XXIe siècle sera celui des frontières (religieuse et identitaire) », car l’« identité » et la « religion » sont les deux mots clés de ce début de millénaire. Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? De quel moment épocal sommes-nous les contemporains ?

 


[1] « Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! Comment nous consoler, nous les meurtriers des meurtriers ? Ce que le monde a possédé jusqu’à présent de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous notre couteau. — Qui nous lavera de ce sang ? Avec quelle eau pourrions-nous nous purifier ? Quelles expiations, quels jeux sacrés serons-nous forcés d’inventer ? La grandeur de cet acte n’est-elle pas trop grande pour nous ? Ne sommes-nous pas forcés de devenir nous-mêmes des dieux simplement — ne fût-ce que pour paraître dignes d’eux ? »

— Le Gai Savoir, Livre troisième, 125.

 

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