PAIX & SECURITE

Penser la crise (1/2) Crisis révélateur

TOGO-POLITICS-UNREST-PROTEST

          Recommencer. Reprendre le fil perdu et cesser de filer du mauvais coton. Remettre le métier à l’ouvrage, c’est la première résolution du nouvel an.  Elle consiste à repartir à la conquête du sens de notre lutte et faire la clinique des mots du politique. Généralement, la langue pour dire la chose politique est floue et laxiste. Réinterroger le vocabulaire usité, requestionner les moyens et réexaminer la finalité de notre lutte participent de la nécessaire réinvention de l’agir politique. D’expérience, le pouvoir enchanteur des mots s’emploie à substituer, à faire écran voire à produire des effets de réalité. Se tromper de mot, se tromper sur un mot et mal nommer les choses amenuisent notre capacité d’action. Il arrive également qu’on perde en efficacité en se posant des questions purement rhétoriques. Cela survient à chaque fois que « poser une question c’est y répondre ». « Par où la sortie de crise ? » Cette question rhétorique est née spontanément dans la presse en fin d’année dernière. Seulement, poser la question de « la » sortie au singulier restreint considérablement le champ des pensables. En référence à son étymologie latine (crisis signifie la manifestation violente, brutale d’une maladie), l’idée de sortie d’une crise est associable à la métaphore d’une chute de la fièvre. Un retour à la normale supposant la chute de la température corporelle ou la disparition des symptômes. Paradoxalement, l’idée d’une sortie de crise consonne très bien avec le fantasme contraire d’un retour à …  Elle convoque dans l’imaginaire l’idée d’un retour au statu quo antérieur, à un âge d’or. Ce qui sous-entend que la crise est un mauvais temps à passer, un épisode de dérèglement, de désordre ou d’incertitude à dépasser. Qu’il suffit d’une bonne réforme (retour à la C92, par exemple) ou d’une bonne élection pour en masquer les symptômes. Contre cette pathologisation de la crise, il faut juxtaposer une crisologie positive ou l’idée de la crise comme opératrice de changements positifs. De souche étymologique grecque, krisis signifie jugement ou décision. Sous cette acception, elle renvoie à un moment clé, charnière voire décisif. La crise comme révélatrice de dysfonctionnements profonds et de la vitalité des antagonismes. La crise comme point de rupture et de construction d’un nouvel équilibre entre des formes d’être ensemble. La crise comme moteur de l’Histoire car une société qui ne connait pas de crises est condamnée à l’immobilisme et à la reproduction à l’infini. Bref, la crise n’est pas qu’un évènement anxiogène duquel il faut s’empresser de sortir, elle peut également se révéler une opportunité. Sous l’infini pluralité de leurs causes, les crises politiques dérivent sur une série de voies de sortie. Ainsi, pour prendre la mesure de tous les effets durables d’une crise politique totale comme celle qui sévit au Togo, le pluriel est donc de rigueur. Il faudrait reformuler la question comme suit : « Par où les sorties de crise ? » Et s’empresser de remarquer que certaines sorties sont plus probables que d’autres.  Il faut bien se le dire, il existe plusieurs dénouements prévisibles à la crise totale qui grève le jeu politique régulier au Togo.

  • Première hypothèse : l’affrontement ou la mécanique du chaos jusqu’au triomphe définitif d’une des parties. Elle se décline en deux scénarios : (1) la restauration autoritaire (n’excluant pas la révolution de palais) par usure/écrasement de la contestation ou (2) le renversement du pouvoir de Faure Gnassingbé (par la rue avec ou sans une partie de l’armée) suivi de l’arrivée au pouvoir en bloc ou en bouts éclatés de la coalition de l’opposition avec ou sans la société civile.
  • Deuxième hypothèse : le dénouement électoral incluant le risque d’une crise postélectorale.
  • Troisième hypothèse : la stratégie du partage du pouvoir entre les deux camps.

   Dans l’un ou l’autre cas de figure, les moyens sont soit l’affrontement soit la solution négociée. Voilà pour les différentes options probabilistes qu’offrent l’analyse empirique des crises politiques dans le cadre de l’approche en termes de « sortie(s) de crise ». Cependant, quand on s’inscrit dans l’approche d’une « conclusion de la lutte », à laquelle souscrit la coalition de l’opposition jusqu’ici, la seule voie de sortie acceptable est la chute du régime cinquantenaire dans les meilleurs délais. Il y a une différence fondamentale entre la « sortie de crise » et la « conclusion de la lutte ». La conclusion de la lutte engagée depuis trois décennies ne signifie pas la fin de l’Histoire ni des crises. Il se pourrait même que la chute du régime actuel ne soit pas la solution à la crise mais le début d’une nouvelle.    […]

(à suivre dans Penser la crise (2/2) En finir avec la crise?)

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