PAIX & SECURITE

Penser la crise (2/2) En finir avec la crise ?

    Il existe plusieurs voies de sortie de crise au Togo. Il y a des voies large et étroite, balisée et des cul-de-sac, et j’en passe des meilleurs.  Contre le mirage des facilités, il faut sonder infatigablement tous les sentiers. Pour s’exonérer de penser la complexité de l’épreuve, les oppositions politiques togolaises se sont longtemps abritées derrière la bonne vieille idée de l’alternance. Mot usuel, mot usé et mot usurpé voire épuisé. Cette ressource du langage politique est-elle encore pertinente contre un régime cinquantenaire qui a préempté les slogans du changement et de l’alternance dès 2005 ? Ne faut-il pas abandonner le slogan sans renoncer à l’idée ? À ces questions fondamentales et à bien d’autres, plusieurs types de réponses peuvent être apportées. Par exemple, l’exigence d’une hygiène sémantique commande pour saisir l’actualité de la problématique de l’alternance au Togo de décaper le mot afin d’accéder à l’idée.

 Spontanément, l’alternance renvoie à la volonté ex ante de conquérir le pouvoir, sans rien préjuger de la capacité à le conserver ni de celle à tenir ses engagements ex post. Elle nous informe sur les moyens de la conquête et rien au-delà. L’alternance désigne le mouvement, l’alternative vise le changement. Dans le premier cas, il s’agit d’un agir politique conçu comme sa propre finalité, c’est-à-dire qu’il épuise toute sa puissance dans sa réalisation. Une cause ignorante de ses effets. En revanche, l’alternative n’est absolument pas autosuffisante. Elle anticipe et réalise l’alternance pour mieux accomplir dans la durée ses promesses de ruptures. Elle est une alternance continuée dans ses effets. En deux mots, l’alternance vise le principe alors que l’alternative vise l’effet. D’ailleurs, quand on délaisse l’effet pour le seul principe, on risque de n’être que rhétorique. 

Quels espoirs placer dans l’idée d’alternative ? Penser l’alternative c’est se confronter à la possibilité que la chute du régime actuel ne soit pas le fin mot de la crise. Il se pourrait même qu’elle ne soit pas la solution à la crise mais son climax. Primo, la nature de la chute conditionnera fortement la profondeur des ruptures à envisager. Secundo, les paramètres politiques divergent radicalement dans un contexte de succession suite à un coup d’Etat, une révolution populaire ou un plébiscite électoral. Ne faire que penser l’alternance équivaut à s’éborgner sur les incertitudes subséquentes à la chute du régime cinquantenaire. Des incertitudes qui peuvent se transformer en menaces (coup d’Etat, collapsus de l’Etat, affrontements intraétatique et infraétatique) pour la stabilité du pays. Que faire en cas d’alternance d’une Administration qui se confond avec le parti présidentiel ? D’une armée noyautée par l’ethnie du président actuel ? Des désirs de revanche interpersonnelle et intercommunautaire ? Quid de l’Etat patrimonialisé ? Une politique de l’alternance sera incapable à y faire face parce que ne les ayant  pas préalablement anticipées.  

L’alternative est, à ce propos, beaucoup plus féconde que l’alternance. Une politique de l’alternative nous engage à accélérer la chute et à penser les jours après la chute de Faure Gnassingbé et du système RPT/UNIR. La principale leçon de 2018, c’est l’impuissance de la politique de l’alternance à prendre la mesure des implications systémiques de la crise politique togolaise. N’étant pas qu’institutionnelle et politique, la crise togolaise appelle des régulations globales qui intègrent des enjeux sécuritaires, économiques et sociaux. Désormais, l’heure est à l’intrication entre les idées d’alternance et d’alternative. Elle est d’autant arrivée que la nécessité d’une convergence des forces autour de la cogestion de la lutte s’est imposée par la force de l’évidence. Pour marcher sur leurs deux pieds, les forces d’opposition doivent œuvrer simultanément à la convergence des initiatives et à la co-construction de l’alternative. On n’est jamais assez prudent en anticipant sans attendre la crise d’après, pensant une crise d’avance et prenant de l’avance sur la crise qui vient… La véritable « nouvelle phase » de la conclusion de la lutte passe par l’articulation d’un agir politique nouveau qui pourrait se résumer par le slogan : L’alternance est notre but, l’alternative est notre moyen !

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