DEMOCRATIE & GOUVERNANCE

Contre la défection électorale

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« La majorité a toujours raison, mais la raison a bien rarement la majorité aux élections. » — Jean Mistler


 

  Les contreperformances de l’Opposition aux dernières élections municipales sont largement imputables à la démobilisation de la frange de l’électorat sensible à l’impératif de l’alternance au Togo face à une (sur)mobilisation de la minorité d’électeurs uniristes -par adhésion volontaire ou motivation financière. Plusieurs modèles explicatifs peuvent être avancés pour expliquer cet état de fait. L’échec de l’insurrection populaire lancée en août 2017 et le boycott de certains partis d’opposition ont contribué à alimenter une abstention conjoncturelle. L’importance moindre et la relative nouveauté des élections locales ont pu amplifier une abstention stratégique. En revanche, pour les présidentielles de 2020, ce qu’il faut redouter le plus c’est l’abstention structurelle. Au Togo, la baisse tendancielle des taux de participation aux présidentielles sur les trois dernières décennies révèle à la fois un amenuisement de la foi électorale et un subtil subterfuge du régime de Faure Gnassingbé pour détourner les partisans de l’opposition des urnes.  D’une part, les Togolais, chauffés à blanc par la rhétorique révolutionnaire, croient de moins en moins en une issue électorale à la crise totale qui grève la transition démocratique amorcée à partir de 1990. D’autre part, l’organe de gestion des élections en collusion avec la puissance publique fait jouer une abstention différentielle à la faveur du régime. Au bout du compte, avec une opposition déchirée entre adeptes de la « révolution populaire » et ceux de la « révolution électorale », l’abstention sera le facteur déterminant des présidentielles de 2020.

 

La fabrique de l’abstention

  En faisant abstraction des mécanismes frauduleux retors comme le bourrage d’urnes ou l’achat des consciences, l’abstention a deux moteurs principaux au Togo : (1) les effets pervers du défaitisme électoral de l’opposition qui alimente le cercle vicieux de la démobilisation populaire, (2) les écrans de fumée de l’institution électorale qui démotivent les électeurs désireux de s’inscrire et de voter dans les fiefs de l’Opposition. L’effet conjugué de ces deux facteurs produit une balance d’abstention différentielle qui s’observe plus nettement aux niveaux des variations du taux d’inscription sur les listes électorales et du comparatif des suffrages exprimés d’une circonscription à l’autre, en fonction de sa coloration politique dominante – qu’elle soit d’opposition ou une chasse gardée du pouvoir. Aux présidentielles de 2015, outre le sur-enrôlement des électeurs des régions septentrionales sur les listes électorales, on dénombrait entre 80-70% de taux de participation dans les fiefs présumés du pouvoir contre 70-60% dans les zones réputées acquises à l’opposition. En considérant que l’Opposition dispose d’une base électorale plus large mais sous-enrôlée sur les listes électorales, ce sous-enrôlement et l’abstention différentielle qu’il génère artificiellement équilibrent voire inversent le gap numérique normalement favorable à l’opposition. Paradoxalement, les appels au boycott des opérations de recensement électoral font le jeu du pouvoir de Lomé II, en lui facilitant la tâche pour surenrôler ses partisans et ensuite les faire survoter aux différents scrutins. À rebours, les opérations de révision in extremis courant sur une poignée de jours ne permettent pas à l’opposition de faire le plein de potentiels électeurs sur le fichier électoral.

La riposte contre l’abstention

   Concrètement, il faudrait impérativement arrêter les deux moteurs de l’abstention et cesser de creuser le fossé en mettant un terme à la politique du boycott – enrôlements d’électeurs et scrutins. De plus, s’assurer de la fiabilité du fichier électoral informatisé, contre le phénomène des doublons et autres électeurs fantômes ou fictifs. Un autre moyen de limiter l’effet de cette abstention artificielle, faire publier dans un délai raisonnable les listes électorales des différents bureaux de vote avant le jour J, afin d’éviter le jeu de cache-cache électoral de 2015. En effet, les listes des électeurs n’avaient intentionnellement pas été affichées dans le délai, comme l’avaient exigé les partis d’opposition présents à la CENI. Ainsi, dans les bastions de l’opposition à Lomé, le parachutage d’électeurs sur des bureaux de vote situés à plus de 10 km de leur centre de vote habituel a découragé plus d’un. Alors que dans la Kozah le taux de participation culminait à plus de 90%, dans Lomé commune les chiffres piétinaient à 60-50%.

  La lutte contre l’abstention est une condition nécessaire quoiqu’insuffisante de l’alternance par les urnes au Togo. Les fronts sont multiples et épars, mais il faut bien commencer quelque part.

 

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2 novembre 2019

CANADA

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