DEMOCRATIE & GOUVERNANCE POLITIQUE & GOUVERNANCE

L’exception négative togolaise (5_5) Comment vaincre Faure Gnassingbé ?

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   Cet ultime extrait de la conférence « L’exception négative togolaise : Comprendre et agir » sera consacré à défricher des pistes de solution pour conjurer le droit mal-à-droit, abolir les deux solitudes et sortir de la mal-représentation. Sous fond de profondes fractures sociales et césures identitaires, le Togo semble englué dans une crise sans fin. Après la sortie de la « longue nuit » coloniale le 27 avril 1960, le Togo est tombé au petit matin du 13 janvier 1963 dans la « nuit postcoloniale ». La charpente militaro-politique qui coiffe la dynastie des Gnassingbé, faisant régner les « ténèbres à midi » depuis 1967, a pris en otage le devenir-nation et plongé le Togo en état de mort cérébral. Le réveil populaire de 2017-2018 portait l’exigence d’un Togo debout, restauré dans sa dignité et débarrassé des oripeaux de cette dynastie démocratoriale. Confrontée à une gouvernementalité cynique et brutale, la gestion de ce moment de grâce politique par la Coalition de l’opposition (C14) n’a pas été à la hauteur des circonstances. Une prévisible débâcle. Autant sur le fond que sur la forme. Par manque de réalisme stratégique et par la faute d’une unité conjoncturelle fondée sur une coalition artificielle et un marché de dupes politique et social. L’enlisement de la contestation de 2017-2018 a favorisé la restauration démocratoriale de l’invouloir d’État et incité le président sortant à pousser l’outrecuidance jusqu’à candidater pour un nouveau mandat. Une étrange défaite. La quatrième candidature de Faure Gnassingbé, annoncé ce 7 janvier 2020, est un symptôme supplémentaire de l’exception négative togolaise, la pire régression depuis le tournant du néo-constitutionnalisme en Afrique en 1990. À la veille de la présidentielle de 2020, l’opposition togolaise est étrangement démunie et partagée sur la conduite à tenir. Les apôtres de la révolution virtuelle (Tikpi Atchadam) répugnent toujours à la tambouille électorale. Et les intermittents du spectacle électoral (Jean-Pierre Fabre) peinent à passionner l’électorat de l’opposition. Malgré le spectre de l’abstention massive, l’impouvoir de l’opposition radicale pousse un « opposant godillot » comme Agbéyomé Kodjo à se rêver en « candidat unique » d’une opposition plus que jamais désunie. Un malheur n’arrive jamais seul, dit l’adage.

Pour vaincre Faure Gnassingbé, il faut prendre la mesure des moyens et des stratégies à mobiliser. Pour mener à bien une telle entreprise, l’intelligence collective est préférable à l’héroïsme lyrique d’hommes providentiels. Pour vaincre Faure Gnassingbé, il faut opérer des ruptures de paradigmes.

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Double rupture paradigmatique. La sortie de l’exception négative au Togo nécessite d’acter deux changements de paradigme dans l’agir politique des forces d’opposition togolaise.

   D’une part, l’évènement fugitif du 19 août 2017 a ébranlé profondément les inerties togolaises. Dans le sillage de l’insurrection populaire, la révision constitutionnelle limitant le nombre des mandats présidentiels à deux a signé la sortie de l’obsession légicentrique et clos le moment montesquivien (2002-2019) de la lutte. Le moment montesquivien a été inauguré par le toilettage de la Saint-Sylvestre 2002 et marqué par une approche stratégique d’opposition, visant à corriger le droit mal-à-droit, obnubilée par l’ingénierie juridique prescrite par l’Accord politique global (APG) 2006. Cette rupture intervenue en 2019 entrouvre la possibilité d’un nouveau paradigme politique. Le moment machiavélien à inventer, peut s’entendre comme une nouvelle temporalité politique portée par le réalisme politique et une éthique de l’efficacité. Clairement, cela consiste à construire une véritable politique de l’alternative arrimée à une stratégie pragmatique et inclusive pour mutualiser toutes les forces en lutte.

   D’autre part, la lézarde ethnogéopolitique n’est pas irrémédiable. Le séisme du 19 août 2017 et ses répliques ont permis de jeter des ponts entre les deux « solitudes togolaises ». Cette rupture paradigmatique ouvre la possibilité d’inventer un sens commun togolais.  Faire Togo et refaire le Togo commencent par le faire-nation, en faisant tomber les murs de méfiance et de préjugés. Il faut revenir à l’esprit du 7 septembre 2017 à Deckon, à ce moment magique où s’est cristallisée une coalescence transethnique, transrégionale et transpartisane. L’ultime finalité de l’agir politique peut se résumer à l’art de la mise en commun par la fabrication d’une communauté imaginée, d’un « Nous ». Un « Nous » togolais qui transcende les fractures et agrège des volontés d’agir dans le sens de l’intérêt collectif. Faire-nation, c’est renouer le fil invisible qui liait les marcheurs de l’automne 2017 dans tous les recoins du pays. Faire-nation, c’est vaincre Faure Gnassingbé. Faire-nation, c’est faire front commun. Ensemble.

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Élans présidentiels et allant électoral. Dans les conditions actuelles, une victoire de Jean-Pierre Fabre aux présidentielles de 2020 est quasi-impossible ; et un renversement du régime par la rue grâce aux mots d’ordre de Tikpi Atchadam semble hautement improbable. L’impopulaire Agbéyomé Kodjo fera la risée du public, au terme de la divine comédie électorale de Mgr Philippe Kpodrzo. Pris en tenaille par ses contradictions, l’ex-premier ministre d’Eyadema Gnassingbé compte plus d’ennemis que d’amis des deux côtés de l’échiquier. Faure Gnassingbé, quant à lui, est un favori aux pieds d’argile. L’élection présidentielle à venir est une élection à haut risque. Entre danger et opportunité, elle sera un game changer qui risque de se jouer à quitte ou double, à l’instar de la présidentielle de 2005. Il faut donc prendre la mesure de l’enjeu et affuter des stratégies plus audacieuses. Ce serait faire le jeu du régime que de se mettre en retrait ou appeler au boycott du scrutin.  Quoi de mieux qu’une crise postélectorale pour catalyser un mouvement de contestation populaire ? Tikpi Atchadam devrait reconsidérer sa stratégie du boycott. Cette élection donnée perdue d’avance pourrait (encore) déjouer les pronostics.

  Pour vaincre Faure le 22 février prochain, il faut dès à présent refréner certains élans présidentiels pour encourager ceux qui ont de l’allant électoral. Un dernier coup de billard à trois bandes peut-être tenter : (1) former un front commun électoral entre ANC et PNP ; (2) rassembler les forces significatives de l’opposition [CAR, FDR, ADDI] autour de la candidature de Jean-Pierre Fabre ; (3) gagner le scrutin et parer le holdup en anticipant le bras de fer postélectoral. D’une part, parce que l’union ANC/PNP va provoquer un électrochoc dans l’opinion publique, amorcer une dynamique de rassemblement autour de Jean-Pierre Fabre, et désarmer les petits candidats -dont Agbeyomé Kodjo. D’autre part, parce qu’engager un bras de fer postélectoral implique la possibilité de pousser un Faure Gnassingbé affaibli vers la sortie sous la pression de la communauté internationale. Contrairement à 2005, la protestation postélectorale de l’opposition doit se déployer sur deux fronts : manifestations pacifiques et mobilisation diplomatique. Cette quatrième candidature de trop est intolérable et donc réversible. Soit Faure Gnassingbé dégage, soit le peuple ne se laissera plus gouverner. Cette élection sera une bataille décisive dans une guerre continentale contre les plus de deux mandats et les longs règnes présidentiels. Une occasion historique de briser le cycle de l’exception négative qui poisse le pays. Qu’on ne s’y trompe pas, l’élection présidentielle du 22 février 2020 va se décider sur la capacité de l’opposition togolaise de faire front face à la perpétuation ad vitam aeternam de la dynastie démocratoriale et sur sa capacité à retourner la communauté internationale contre Faure Gnassingbé. Faire front ! Cela devra se constater avant, pendant et après le scrutin. Avant et pendant, l’élan unitaire du 19 août 2017 devra être revivifié entre les leaders politiques et dans le cœur des Togolais. Après, il faudra surtout prévenir la fraude et gérer stratégiquement la phase postélectorale. Il n’est plus temps de subir la féroce répression postélectorale, mais de la retourner comme une arme contre le complexe militaro-politique togolais. La crise postélectorale est l’indicateur le plus fiable d’une tentative de holdup. Une gestion proactive d’un tel moment critique peut permettre d’évincer le système RPT/UNIR.

  Sous l’ordinaire des choses, penser l’impensable. Envisager l’impossible. Tenter. Il y a toujours quelque chose à tenter. Car on ne peut se résoudre à un devenir sans surprise, à un à-venir où plus rien ne peut survenir à l’horizon, sinon la menace de la continuation. L’à-venir, ce présent encore dans la brume qui s’éclaire à l’aune de l’action, c’est l’autre nom de l’horizon d’attente. L’horizon d’attente d’un impossible advenu.


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7 janvier 2020

CANADA

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